Quel est notre métier ?

Etienne de Crécy déclarait récemment :

« Notre métier, ce n’est pas de vendre des CDs mais de la musique. »

Comment l’industrie musicale pourrait-elle concevoir de nouveaux Business Models si elle persiste à se tromper de métier ?

De la même manière, l’industrie de la distribution de produits électroniques semble vouloir s’acharner à exercer un métier qui n’est plus le sien.

En novembre dernier, mes parents ont commandé – et réglé – une tablette dans un magasin de l’une des plus grandes enseignes de France : leur produit, en rupture de stock, devait être à nouveau disponible mi-décembre, à temps pour les fêtes de fin d’année.

Le produit n’a pas été mis à leur disposition mi-décembre et aucun employé du magasin n’a pris la peine de le leur indiquer.

Lorsqu’ils se sont rendus sur place, aucune excuse ne leur a été présentée – le vendeur prétextant un retard de la part du fournisseur – et ils n’ont pu obtenir aucune estimation de la date de livraison de leur produit.

Suite à un email envoyé au Directeur Commercial de l’enseigne, le Directeur du magasin les a finalement rappelés et s’est occupé de la situation, leur offrant une housse à titre de geste commercial… plus de deux mois après leur commande initiale.

Face aux géants du web, qui proposent un choix plus vaste et des tarifs plus attractifs, le métier des enseignes physiques n’est évidemment plus de distribuer des produits, mais d’offrir à leurs clients une expérience d’achat inédite, inaccessible en ligne.

Là encore, comment ces grands groupes pourraient-ils réinventer leur Business Model s’ils persistent à exercer un métier qui n’est plus le leur ?

Nous pouvons tous être amenés à travailler dans une industrie ou une organisation qui montre des signes de faiblesse.

Si cela nous arrive, pensons à nous poser la bonne question : quel est notre métier ?

Le paradoxe des gaps culturels

En 2008, j’ai eu l’occasion de vivre deux mois à Dubaï, aux Émirats arabes unis.

Culture, climat, langue, législation, dynamisme économique : n’étant jamais allé au Moyen-Orient auparavant, je m’étais préparé à découvrir un environnement complètement différent de tout ce que j’avais connu.

Bien entendu, la situation n’était pas des plus confortables, mais cet état d’esprit m’a permis de m’acclimater rapidement à ce nouveau mode de vie, d’effectuer de formidables rencontres et de passer un séjour inoubliable.

En 2010, je suis reparti à l’étranger – au Canada – pour une durée d’un an.

Ayant déjà effectué un voyage touristique au Québec et vécu hors de France précédemment, je pensais être capable de m’adapter à ce nouveau pays relativement facilement. D’autant plus que j’étais familier avec la culture nord-américaine et les langues officielles parlées à Ottawa : l’anglais et le français.

C’est du moins, ce que je croyais.

En réalité, ce manque de recul a été un réel handicap : il m’a fallu plusieurs mois pour commencer à cerner les différences, en termes d’habitudes et de mentalités, qui séparent le Canada de la France. Et plusieurs mois encore avant, finalement, de m’intégrer et de m’épanouir dans ce nouvel environnement.

Paradoxalement, il peut être plus aisé de nous adapter dans des circonstances qui nous paraissent radicalement nouvelles et inconnues, qu’à une situation, en apparence, relativement semblable à ce que nous connaissons déjà.

Lorsque nous devons faire face à quelque chose de nouveau, notre appréhension – et donc notre vigilance – est notre meilleur atout pour nous adapter et pour réussir.

Apprenons à en tirer parti.

 

 

Le guitariste et les B-boys

Il y a quelques jours, alors que je dînais paisiblement sur la terrasse d’un restaurant bandolais, un chanteur ambulant est venu jouer quelques morceaux de musique.

Sans prendre en considération le genre musical proposé, quelques remarques me sont venues à l’esprit :

  • ce chanteur s’impose à une audience, en interrompant l’un de leurs moments de détente
  • parfois même, il empêche les conversations en cours d’avoir lieu
  • il propose des morceaux créés par d’autres artistes, déjà connus de tous, sans même ajouter de touche personnelle
  • lorsqu’il termine sa prestation, il arpente les allées du restaurant afin de récolter quelques pièces, pour une prestation pourtant non-sollicitée

Quelques centaines de mètres plus loin, sur le quai principal du port, un autre spectacle est proposé : un groupe de B-boys officie, comme chaque soir.

Là encore, sans prendre en considération le style artistique proposé, voici quelques remarques :

  • les danseurs ne s’imposent à aucune audience : ce sont les passants qui décident – ou non – de s’arrêter au cours de leur promenade pour assister à cette représentation de rue
  • mieux encore, parce qu’ils sont présents chaque soir, les breakers ont constitué leur propre audience : certains spectateurs ne manqueraient le show pour rien au monde
  • chaque soir, ils proposent un spectacle renouvelé, jalonné d’acrobaties de leur cru, toujours plus audacieuses
  • les b-boys ne mènent pas une quête à la fin de leur spectacle : ils disposent une casquette sur le sol et laissent leur récompense à l’appréciation du public.

Pour une même activité – divertir les soirées des vacanciers – le guitariste et les B-boys emploient deux approches marketing radicalement différentes : le premier interrompt des inconnus et récolte quelques pièces alors que les seconds bâtissent une audience de fans et développent un semblant de revenus récurrents.

Un problème. Deux solutions. Et comme toujours, des résultats bien différents.

Une excellente leçon de Bill Gates [Twist Inside]

Il y a quelques années, Bill Gates a donné une mémorable présentation à des collégiens, en leur expliquant ce qu’ils n’apprendraient pas à l’école.

Voici une transcription, en français, du texte original :

  • « Règle N°1 : La vie est injuste. Faites-vous une raison. Un adolescent emploie l’expression « C’est injuste » en moyenne 8,6 fois par jour. Vous avez hérité de cette habitude de vos parents, qui ont répété cette expression si souvent que vous avez fini par penser qu’ils devaient être la génération la plus idéaliste de tous les temps. Lorsque vos parents ont commencé à entendre leurs enfants le dire à leur tour, ils ont pris conscience de la Règle N°1.
  • Règle N°2 : Le monde ne se soucie pas autant que l’école de votre amour propre. Il s’attendra à ce que vous accomplissiez quelque chose avant de vous permettre de vous sentir bien. Cela pourra vous faire un choc. Habituellement, lorsque leur égo sur-dimensionné rencontre la réalité, les jeunes se plaignent que c’est injuste. (Voir Règle N°1.)
  • Règle N°3 : Désolé, vous ne gagnerez pas $40,000 par an en sortant du lycée. Vous ne serez pas Vice-Président et n’aurez pas, non plus, de téléphone dans votre voiture de fonction. Vous devrez peut-être même porter un uniforme, dont la marque ne sera pas GAP.
  • Règle N°4 : Si vous pensez que vos professeurs sont durs avec vous, attendez d’avoir un patron. N’ayant pas le statut de titulaire, il se pourrait qu’il soit un peu plus crispé. Lorsque vous échouerez, il ne vous demandera pas comment cela vous affecte.
  • Règle N°5 : Faire cuire des hamburgers n’est pas une humiliation. Vos grands-parents avaient d’ailleurs un autre mot pour désigner cette activité : ils appelaient cela une opportunité. Ils ne se sentaient pas non plus humiliés à l’idée de gagner le SMIC. Ils se seraient sentis humiliés de rester assis tout le week-end à parler de Kurt Cobain.
  • Règle N°6 : Ce n’est pas de la faute de vos parents. Si vous échouez, vous en êtes responsables. C’est la contrepartie de « C’est ma vie »« Vous n’êtes pas mes supérieurs » et de toute autre affirmation de votre génération. Lorsque vous aurez dix-huit ans, ce sera à vous de vous prendre en charge. Ne vous en plaignez pas, vous passeriez pour un baby-boomer.
  • Règle N°7 : Avant que vous ne naissiez, vos parents n’étaient pas aussi ennuyeux qu’ils le sont aujourd’hui. Ils sont devenus comme cela à force de payer vos factures, de ranger votre chambre et de vous entendre dire à quel point vous êtes cool. Au fait, avant que vous ne sauviez la forêt tropicale de tous les déchets de la génération de vos parents, commencez donc pas ranger le placard de votre chambre.
  • Règle N°8 : L’école ne fonctionne peut-être plus suivant une logique « Gagnant-Perdant ». La vraie vie, si. Dans certaines écoles, on vous donne autant de chances que nécessaire pour trouver la bonne réponse. Les notes éliminatoires ont été abolies et il n’y a plus de « Premier de la classe », afin d’éviter de heurter la sensibilité de qui que ce soit. On donne autant d’importance aux efforts fournis, qu’aux résultats obtenus. Tout cela, évidemment, n’a aucune ressemblance avec la vraie vie. (Voir Règle N°1, Règle N°2 et Règle N°4.)
  • Règle N°9 : La vie n’est pas divisée en semestres, et l’été n’est pas une période de congés. Pâques non plus. On attend de vous que vous soyez présents chaque jour. Pendant huit heures. Et vous n’avez pas l’opportunité de recharger vos batteries toutes les dix semaines. Cela ne s’arrête simplement jamais. Pendant que nous y sommes, très peu d’emplois sont destinés à vous aider à vous exprimer ou à vous « trouver ». Plus rares encore sont ceux destinés à vous aider à vous épanouir. (Voir Règle N°1 et Règle N°2.)
  • Règle N°10 : La télévision n’est pas la vraie vie. Votre vie n’est pas une sitcom. Vos problèmes ne seront pas tous résolus en moins de trente minutes, pages de publicité comprises. En fait, dans la vraie vie, les gens quittent le café et vont travailler. Vos amis ne seront pas aussi joyeux et influençables que Jennifer Aniston.
  • Règle N°11 : Soyez sympa avec les nerds. Vous pourriez finir par travailler pour l’un d’eux. Nous pourrions tous finir par travailler pour l’un d’eux.
  • Règle N°12 : Fumer ne vous rend pas « cool ». Cela vous rend stupide. La prochaine fois que vous vous promenez, regardez un enfant de onze ans avec un mégot dans la bouche. C’est ce à quoi vous ressemblez aux yeux de toute personne de plus de vingt ans. Idem pour le fait « d’exprimer votre personnalité » avec des cheveux violets ou un piercing.
  • Règle N°13 : Vous n’êtes pas immortel. (Voir Règle N°12.) Si vous avez l’impression que vivre intensément, mourir jeune et partir en laissant derrière vous un joli cadavre est romantique, de toute évidence vous n’avez pas eu l’occasion de voir le corps de l’un de vos camarades « à température ambiante » récemment.
  • Règle N°14 : Appréciez votre situation tant que vous le pouvez. Il est certain que vos parents sont un fardeau, que l’école est un calvaire et que la vie est déprimante. Mais un jour, vous réaliserez à quel point il est merveilleux d’être jeune. Peut-être pouvez-vous commencer à le faire dès maintenant. Je vous le recommande. »

Voilà une excellente leçon.

Cette leçon n’est pas excellente parce qu’elle nous vient de Bill Gates.

En fait, elle ne nous vient pas de Bill Gates. Comme nous l’explique Snopes.com, le célèbre fondateur de Microsoft n’a jamais tenu un tel discours. Mais celui-ci semble lui avoir été attribué, à maintes reprises, en raison de la Règle N°11.

Nous devons ce texte à Charles J. Sykes, auteur de Dumbing Down Our Kids et de 50 Rules Kids Won’t Learn in School.

Non, cette leçon est excellente, tout simplement, parce qu’elle est pertinente.

Avantage comparatif

Dans la petite commune de Bandol, les commerces et les restaurants se renouvellent constamment.

Une question de mode sans doute.

Un défi économique, aussi certainement.

Comme dans bon nombre de villes de la côte d’azur, les commerçants et les restaurateurs subissent depuis quelques années un véritable effet ciseau :

  • d’un côté, l’achat de matières premières, le coût de la main d’oeuvre et – surtout – le prix de l’immobilier ne cessent d’augmenter
  • de l’autre, il n’est pas possible de répercuter ces hausses sur les prix, en raison notamment de la crise, et de l’éclosion des nombreuses offres concurrentes « all-inclusive » défiant, justement, toute concurrence

Un restaurant, cependant, existe depuis plusieurs dizaines d’années.

Même équipe, même carte, même bâtisse.

La raison de cette pérennité inégalée – et inégalable – dans la région ?

Il y a vingt-cinq ans, le patron a décidé d’investir dans ses propres locaux.

Conséquence : sa principale « charge » – son bail commercial – n’en est plus une, et constitue à présent un actif sur lequel il peut capitaliser, contrairement à la plupart de ses concurrents qui continuent de voir leurs résultats s’éroder au fil du temps.

Nous pouvons apprendre deux leçons de cette histoire :

  1. Nous constituer un actif – et capitaliser dessus – est non seulement une démarche d’investissement prudente, mais nous permet également de développer un véritable avantage comparatif, stratégique pour notre activité. Un actif n’est pas nécessairement immobilier : il peut tout aussi bien être financier, intellectuel ou marketing.
  2. Le meilleur moment pour nous constituer un actif était il y a vingt-cinq ans. Le second meilleur moment, est aujourd’hui.

N’attendons plus : construisons notre avantage comparatif dès maintenant.

Faire ce que nous aimons Vs. Aimer ce que nous faisons

Faire ce que nous aimons.

Voilà une phrase certes séduisante, mais bien éloignée de la réalité.

Evidemment, nous aimerions tous pouvoir être rémunérés en exerçant les activités que nous apprécions spontanément, avec en filigrane l’idée que cela nous rendra plus heureux.

Toutefois, ce raisonnement soulève trois questions :

  1. Ce que nous aimons faire pour nous détendre nous plaira-t-il toujours lorsque nous devrons le faire au quotidien, sur commande, pour assurer notre rémunération ?
  2. Si nous n’avons pas de « grande passion » pour une activité en particulier, sommes-nous condamnés à en exercer une qui ne nous épanouisse pas ?
  3. De la même manière, si nous avons une « grande passion » pour une activité en particulier sans pouvoir en vivre, sommes-nous condamnés à en exercer une qui ne nous épanouisse pas ?

Les réponses à ces questions varient suivant chaque situation.

Mais il existe une solution alternative, que nous pouvons tous mettre en oeuvre, quelle que soit notre activité : aimer ce que nous faisons.

En d’autres termes, ne nous attendons pas, passivement, à ce que la passion vienne de ce que nous faisons, mais injectons, activement, de la passion dans ce que nous avons à faire.

Aimer ce que nous faisons est le chemin vers la rigueur, la persévérance et le progrès et par conséquent, vers le succès et la reconnaissance : voilà la véritable origine de tout cercle vertueux.